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Nicolas Jaffré, des coulisses de l'animation à la création de son propre univers

Dans un monde encore marqué par les séquelles d'une guerre née de mystérieuses pépites capables de repousser les limites humaines, Nicolas Jaffré imagine avec Supernova un récit mêlant science-fiction, action et questionnements sociaux. À travers le parcours d'Archie, un jeune prodige promis à un brillant avenir, l'auteur interroge les notions de justice, de pouvoir et de libre arbitre. Entretien avec Nicolas Jaffré.

Avant toute chose, pourrais-tu te présenter à ceux, celles qui découvriront ton travail incessamment sous peu ?

Nicolas Jaffré : J’ai travaillé pour le studio d’animation La Chouette Compagnie. Cela m’a donné envie, petit à petit, de faire du manga. Lorsque j’ai commencé à dessiner, ma première approche a été l’animation. Quand j’étais en primaire, je n’avais pas conscience que des gens créaient les dessins animés.

Même si je n’avais jamais fait de pages, à proprement parler, j’ai toujours adoré la BD et le manga. Quand j’étais petit, je me disais que je deviendrais mangaka en copiant Son Goku. Hormis Dragon Ball, il y a eu Pokémon et Yu-Gi-Oh! que j’ai découvert dans la cour de récréation.

En parlant d’animation, tu as justement travaillé sur l’anime Dreamland, adaptation du célèbre manga de Reno Lemaire. Pourrais-tu nous en dire davantage ?

N. J. : J’ai contacté la Chouette Compagnie une fois mes études terminées à l’école Méliès. Ils m’ont recontacté par la suite quand j’ai bossé sur l’anime Boruto. J’imagine qu’ils cherchaient des profils français faisant de la Japanime. Dans le cadre de Dreamland, je suis rentré en contact avec Sylvain Dos Santos. Je suis arrivé sur le projet d’adaptation anime de Dreamland sans connaître le manga original. J’ai appris à le découvrir par la suite. Je faisais du character design sur l’anime Dreamland. C’était mon premier projet de base. J’ai réalisé la séquence d’action du trailer.

Supernova

Dans un monde encore marqué par les séquelles d'une guerre née de mystérieuses pépites capables de repousser les limites humaines, Nicolas Jaffré imagine avec Supernova un récit mêlant science-fiction, action et questionnements sociaux © Supernova © 2026 Nicolas Jaffré - Kana

Un petit mot sur les autres productions sur lesquelles tu as bossé ?

N. J. : Bien sûr. Hormis les productions japonaises, j’ai bossé pour les Etats-Unis et l’Australie. Je peux citer, niveau productions : My Hero Academia, l’Attaque des Titans, le film d’animation Rise of the Teenage Mutant Ninja Turtles sur Netflix et le trailer pour le championnat européen League of Legends.

On va s'intéresser à présent à ton manga Supernova. Pourrais-tu nous en dire plus sur la genèse du projet ?

N. J. : Supernova a commencé à germer dans mon esprit lors de mes discussions avec Reno Lemaire, au cours de l’avancement des designs de l’anime. Quand je terminais ma première journée de travail, j’entamais la seconde avec mes travaux personnels. Ces petites graines ont fini par devenir un dossier éditorial assez conséquent.

Pourquoi le titre Supernova ?

N. J. : Le titre Supernova trouve directement son origine dans le système de pouvoir que j’ai imaginé. À l'instar du chakra dans Naruto ou d'autres énergies emblématiques de nombreux mangas, tout l'univers de Supernova repose sur de mystérieuses pépites d'or dotées de propriétés extraordinaires. Je me suis tout simplement posé la question de l'origine de l'or, sur Terre. Ça vient d'explosions d'étoiles justement appelées des supernovas. Des fragments d'étoiles, finalement.

Supernova

À travers le parcours d'Archie, un jeune prodige promis à un brillant avenir, l'auteur interroge les notions de justice, de pouvoir et de libre arbitre © Supernova © 2026 Nicolas Jaffré - Kana

Pourrais-tu décrire ton manga en cinq mots ?

N. J. : Pas facile comme question… Je dirais : shōnen, justice, précarité, voyage, huissier.

Tu es parvenu à créer un protagoniste très attachant, Archie, ainsi que de nombreux personnages. Parle-nous de ton processus de création.

N. J. : Au départ, mon style graphique pour Archie était un véritable hybride. On y retrouvait une forte influence du manga japonais, mais aussi une esthétique qui pouvait évoquer des univers comme Wakfu ou Dofus. C'était un mélange où l'on percevait encore clairement mon empreinte française. Petit à petit, j'ai cherché à faire évoluer mon dessin vers un style plus proche du manga japonais, sans pour autant perdre ce qui faisait ma personnalité d'auteur. Mon objectif n'était pas de copier un style existant, mais de trouver un équilibre entre mes influences et ma propre sensibilité.

Les « 30 % restants », c'était finalement cette quête personnelle : puiser dans les œuvres japonaises que j'admire le plus, pour construire un style qui me ressemble vraiment et, surtout, qui me plaise à moi, avant tout. Le manga qui m’inspire le plus reste FullMetal Alchemist de l’autrice Hiromu Arakawa. C’est vraiment ma référence.

Supernova

"Petit à petit, j'ai cherché à faire évoluer mon dessin vers un style plus proche du manga japonais, sans pour autant perdre ce qui faisait ma personnalité d'auteur. Mon objectif n'était pas de copier un style existant, mais de trouver un équilibre entre mes influences et ma propre sensibilité." © Supernova © 2026 Nicolas Jaffré - Kana

Lors de la conception de Supernova, quels ont été les plus grands défis auxquels tu as été confronté ? À l'inverse, quels aspects de la création t'ont semblé les plus naturels, qu'il s’agisse des personnages ou de l'univers ?

N. J. : L'une des principales difficultés, finalement, a été de prendre confiance en moi. Au début, les seuls retours que je recevais provenaient de mes proches ou de la maison d'édition. Dans ces conditions, il est facile de douter et de se demander si les compliments sont totalement objectifs. Quand on débute dans un nouveau métier, on est souvent très exigeant envers soi-même. On a tendance à remettre son travail en question et à se dire qu'il n'est jamais assez bon. Je pense que le plus difficile a été de dépasser ce manque de confiance.

En revanche, sur le plan graphique, mon parcours dans l'animation m'a beaucoup aidé. Il m'a apporté une solide expérience, ce qui m'a permis d'aborder la réalisation de Supernova avec davantage d'assurance. Aujourd'hui, je pense proposer un niveau qui s'inscrit dans la moyenne de ce qui se fait actuellement en matière de manga de création francophone.

Quel regard portes-tu sur le développement du manga de création francophone ?

N. J. : Graphiquement, je trouve que les auteurs et autrices francophones assimilent de mieux en mieux les codes du manga japonais. On voit une véritable progression, aussi bien dans le dessin que dans la narration. Cette évolution est très encourageante.

Supernova

"Sur le plan graphique, mon parcours dans l'animation m'a beaucoup aidé. Il m'a apporté une solide expérience, ce qui m'a permis d'aborder la réalisation de Supernova avec davantage d'assurance." © Supernova © 2026 Nicolas Jaffré - Kana

Je pense également que le lien entre l'animation et le manga francophone n'en est qu'à ses débuts. Nous sommes en train de construire des passerelles entre ces deux univers. À terme, si davantage de créations françaises sont adaptées en séries d'animation, cela pourrait considérablement accroître la visibilité du manga francophone et le rendre beaucoup plus populaire auprès du grand public.

J'ai le sentiment que nous sommes au début de cette dynamique. Les bases sont en train d'être posées, et les prochaines années pourraient marquer un véritable tournant pour la création manga française.

Hiro Mashima estime que les mangakas francophones sont aujourd'hui au niveau des auteurs japonais. Que t'inspire ce regard venu d'un auteur aussi reconnu ?

N. J. : Un tel soutien est très encourageant. Personnellement, je vois l'évolution du manga francophone comme une succession de générations qui se transmettent un héritage. Il y a eu des pionniers comme Tony Valente (Radiant, etc.) Reno Lemaire (Dreamland, etc. ), Shonen (B.B Project, Omega Complex, Outlaw Players, Dark Souls Redemption avec Julien Blondel) qui ont ouvert la voie et montré que ce type de création était possible. Aujourd'hui, une nouvelle génération d'auteurs prend le relais, et je suis convaincu que la suivante ira encore plus loin. Chacun s'appuie sur le travail de ceux qui l'ont précédé pour faire progresser le médium.

Supernova

Extrait de planche © Supernova © 2026 Nicolas Jaffré - Kana

Ça me fait un peu penser au One For All de My Hero Academia : une force qui se transmet de génération en génération, s’enrichit à chaque passage et permet à chacun d'aller un peu plus loin que ses prédécesseurs. J'ai le sentiment que c'est exactement ce qui est en train de se produire avec le manga de création francophone.. J’essaie également de la soutenir du mieux que je peux. Dernièrement, j’ai lu les tomes de RedFlower de Loui et le tome 2 de Cyfandir’s Chronicles de Naokouren, spin-off de Radiant. J’apprécie aussi le travail de Yoann Vornière et son manga Silence. C’est ce qui m’a motivé à aller chez Kana.

Quels conseils donnerais-tu à celles et ceux souhaitant se lancer dans la création d’un manga ? Où peut-on suivre ton actualité ?

N. J. : Je pense qu’il y a un équilibre à trouver entre la passion et la réalité financière, mine de rien. Un bon conseil, ce serait de se tenir prêt pour les premières années. En tout cas, ça ne va pas être simple. Il faut réussir à aller assez loin pour pouvoir rembourser une avance sur droits.

Après, quand je retourne dans les écoles d’animation pour donner des conseils aux étudiants qui préparent leur film de fin d’études, je peux leur donner des conseils sur l’histoire. C’est un peu lié. J’essaie de leur faire comprendre le fond de ce qu’ils racontent, et, surtout, pourquoi ils le racontent.

Il faut trouver son thème principal. Ce qui te touche et la raison pour laquelle tu as envie de raconter une histoire. Se dire : « je vais faire ce personnage parce qu’il est cool » va juste lancer quelque chose qui, dans quelques mois, ne t’intéressera plus. Il faut comprendre les raisons pour lesquelles tu veux faire un manga, et que ces raisons soient assez solides pour te porter sur plusieurs années, malgré les difficultés.

Par exemple, Tony Valente a un thème lié au racisme qui est très prenant et qui revient souvent. Je pense que c’est l’un de ses thèmes récurrents. Trouver son thème facilite le chemin. Quant à mon actualité, ce sera plutôt sur Instagram.

C’est la fin de cette interview. Merci encore pour ta disponibilité, Nicolas. Et rendez-vous le 18 septembre pour la sortie du tome 1 de Supernova !

N. J. : Un gros merci aux médias Parlons Mangas Français et Zoo Le Mag pour cette interview.

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